Titre : Mon poème est une femme
Collection : Poésie
Illustration de couverture : Jade Carter
Date de parution : 05 novembre 2026
Deux corps qui s’aiment et inscrivent leur amour dans les limites de l’interdit. Un amour qui esquive le regard, brise le silence et épouse la liberté. La poésie de Cherlie Rivage se veut une clameur qui fait tomber les masques et tordre le cou à la censure. Placée sous le signe du volcan, c’est une poésie qui exalte la féminité, vocalise la sensualité dans sa dimension multiforme pour évoquer le corps désiré. Dans ce jeu solaire, l’on apprend que l’amour n’a ni sexe ni odeur, c’est une équation arc-en-ciel à possibilités variables. On ne choisit pas qui aimer ni comment aimer. On (s’)aime tout simplement.
Entre représentation des instants amoureux et des scènes romantiques, du couple solitaire jusqu’à la mise en scène de l’orgasme féminin, l’écriture poétique de Cherlie Rivage se situe dans le droit sillage de Yanick Jean et Farah-Martine Lhérisson. Mon poème est une femme est un bel hymne au bonheur qu’on éprouve du plaisir d’aimer. Plus qu’une odyssée des corps, les poèmes d’amour du recueil inaugurent sans doute les premières formes d’expression de l’amour lesbien dans la poésie haïtienne. C’est une utopie bâtie sur une parole décloisonnée et affranchie de tout attribut hétéronormatif.
La subversion touche à son plus haut point dans Mon poème est une femme de Cherlie Rivage. Elle rythme, accentue et tonifie le vers tout en le retranchant de la cave normative. Son dire poétique refuse toute forme d’ambivalence. C’est une parole nue qui secrète l’intime, l’émotion, le désir et célèbre la jouissance et la beauté du corps féminin.
Note de l’éditeur.-
[Extrait 1]
mon poème est une femme
tu as marché nue dans mes rêves,
et depuis, tout est devenu interdit.
graines jetées dans la terre pour
peupler les lieux de nos gestes
d’amour
face à un monde aux yeux détournés,
ignorant tout de l’art d’aimer,
nous sommes destinées à être libres,
libres de nous aimer, simplement.
t’aimer est le plus bel acte
que je puisse accomplir dans ma vie,
rien d’autre ne compte.
je t’aime au-delà des interdits,
puisque deux poèmes de même sexe
ne pouvaient être ensemble, dit-on,
et cela me suffit,
une fois…
et pourtant, je te veux encore.
[Extrait 2]
tes pieds, mes seuls et uniques repères,
les places publiques témoins de notre union,
complices de nos joies.
je t’aimerai au nom de toutes les cathédrales,
toi, ma Croix,
mon chapelet,
mon adorable péché,
et cent mille autres
[Extrait 3]
tu as marché dans mes rêves
nue,
et depuis, la sexualité est devenue un arc-en-ciel,
naturelle, sans sexe, sans nom, sans pays.
sans culture, sans couleur, sans visage.
oui, tu as marché dans mes rêves,
nue,
depuis, j’ai appris à tout cacher,
les fêlures de lune à ton rire libre et jeune
que j’ai dissimulées sous mes bras,
pour que la tempête des interdits ne l’emporte,
afin que toi et moi, nous puissions nous aimer,
jusqu’aux silences endormis des mots.
[Extrait 4]
Scènes d’amour
[…]
j’avais si peu à te donner
dans un monde de raretés
et de failles
et toi tu t’ouvrais
paresseuse et belle
comme un dimanche d’été
qui ne veut plus finir
j’ai vu tes seins pousser
dans un tremblement de silence
et j’ai compris le poids du sacré
devant ce temple dressé
de souffle et de peau
je me suis tue
et lentement
je me suis glissée en toi
Alléluia… Alléluia… Alléluia…
