Auteur : Collectif (sous la direction de Sabine Lamour – Université d’Ottawa/UEH, et Dieulermesson Petit Frère – Université Paris-Est Créteil, UPEC)
Titre : Féminisme(s) et Littérature(s). Revue Legs et Littérature no 23
Collection : Revue Legs et Littérature
Date de parution : 22 avril 2026
avec le soutien de la Fondation connaissance et liberté (Fokal) et Association Quatre Chemins
S’il convient de faire l’inventaire des différents mouvements civils et politiques ayant marqué le 20e siècle, l’on ne saurait, en aucun cas, passer sous silence le féminisme. Même si l’historiographie[1] situe officiellement la naissance du mouvement vers les débuts du 19e siècle, nul n’empêche de remonter le cours de l’histoire de l’Antiquité grecque pour voir à travers le personnage Agnodice[2], dont l’histoire est une parfaite illustration du pouvoir de l’engagement des femmes dans la lutte contre la domination masculine, une figure pionnière. Concernant Haiti, les premières traces de comportement revendicatif s’assimilant au féminisme apparaissent dès 1791 au moment des bouleversements annonçant la révolution haïtienne[3]. On aurait pu passer en revue les différentes actions, engagements et combats menés par des femmes d’ici et d’ailleurs, à des époques différentes, pour se convaincre que la lutte contre l’invisibilisation et l’oppression féminine ne date pas d’hier.
Défini par Marie Thérèse Poitevin[4] comme « l’effort coalisé de la femme pour l’amélioration du sort de la femme », le féminisme a été, dès les premiers moments un mouvement contestataire ou d’émancipation politique. En Haïti, il a été « avant tout un mouvement d’amélioration sociale »[5] pour ensuite prendre la courbe politique avec la nomination et l’élection des femmes en 1957[6] et après la chute de la dictature des Duvalier où « l’année 1986 avait ouvert de nouvelles perspectives, en particulier celles de la reconstruction du lien politique. Dès ce moment, le mouvement féministe haïtien est revenu sur le devant de la scène »[7], après le long silence imposé par la dictature.
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Aussi ce nouveau numéro de Legs et Littérature entend-il interroger les dispositifs d’introduction et les stratégies d’opérationnalisation du discours féministe dans la littérature afin d’analyser la parole des femmes dans la fiction contemporaine. Il s’agit de chercher à (faire) comprendre ce que cette parole évoque et révèle de la condition des femmes et du monde. En quoi le féminisme a-t-il favorisé ou permis l’éclosion entre autres de nouvelles pratiques et théories littéraires ? Ou encore en quoi la littérature a contribué dans l’avancement du féminisme en tant qu’idéal politique ? À partir de réflexions priorisant des interprétations et examens en fonction d’approches pluridisciplinaires, les principaux axes et interrogations de ce numéro envisage d’explorer la question sous ses diverses formes et variantes.
À propos des directeurs du numéro :
Sociologue, enseignante-chercheuse et militante féministes particulièrement intéressée à la dynamique socio-politique haïtienne, Sabine Lamour est docteure en Sociologie de l’Université Paris 8. Ancienne Co-ordonnatrice de Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA), ses travaux s’inscrivent dans le champ de la sociologie des féminismes et portent plus particulièrement sur les féminismes haïtiens, caribéens et afro-diasporiques. Mobilisant des approches féministes matérialistes, décoloniales et intersectionnelles, elle développe des recherches fondées notamment sur l’analyse d’archives et des enquêtes qualitatives. Ses travaux portent sur les formes d’agentivité politique des femmes, les mémoires collectives ainsi que sur les dynamiques de production et de circulation des savoirs. Ses activités de recherche s’articulent avec un engagement soutenu dans l’enseignement et la formation à la recherche, menés dans des contextes universitaires haïtien, nord-américain et européen, dans une perspective comparative et transnationale. Son dernier livre, Imaginer le féminisme haïtien : enjeux théoriques et épistémologiques, est paru aux Éditions Charesco en 2025.
Ancien élève de l’ENS de Port-au-Prince et ancien boursier de l’EUR-FRAPP, Dieulermesson Petit Frère est docteur en langue et littérature françaises de l’Université Paris Est-Créteil. Auteur de Haïti : littérature et décadence. Études sur la poésie de 1804 à 2010 (LEGS ÉDITION, 2017), il a publié un nombre important d’articles sur la littérature haïtienne dont « Le corps noir et l’épreuve de la violence systémique dans Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert » (Interculturel Francophonies, 2024), « Jean-Claude Charles entre l’ici et l’ailleurs. Habiter et vivre le monde dans Manhattan Blues et Ferdinand, je suis à Paris » (Francofonia, 2021), « Éros, exil et dépeuplement dans Un ailleurs à soi d’Emmelie Prophète » (Legs et Littérature, 2019) et « Identités (non)figées, révolte, similitudes : le soi et l’autre dans Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot » (Legs et Littérature, 2018). Co-éditeur de Corps et Politique. Legs et Littérature no21, ses axes de recherche englobent la littérature francophone (Haïti, Afrique, Amérique), la poétique de la fiction, les gender studies, l’intersectionnalité, l’é-migration et les diasporas haïtiennes.
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Notes :
[1] Cf. Geneviève Fraisse, « Féminisme. Histoire du féminisme », Encyclopédie Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/feminisme-histoire-du-feminisme/ [consulté le 7 janvier 2025].
[2] Dans la Grèce Antique, précisément à Athènes vers le 4e siècle avant J.-C., la loi interdisait les femmes et les esclaves le droit de devenir médecins ou sages-femmes. Contre toute attente, Agnodice a pu trouver le moyen d’enfreindre cette règle. En se travestissant en homme, elle a pu étudier et pratiquer la médecine jusqu’à obtenir sa notoriété et porter les législateurs à modifier la loi en levant l’interdiction. Cf. Hélène Soumet, Insoumises et conquérantes – Travesties pour changer le cours de l’Histoire, Paris, Dunod, 2021, pp. 82-88.
[3] Cf. Sabine Lamour, Les piliers stratégiques du féminisme haïtien, Keynote speaker, 36e colloque annuel de la Haitian Studies Association, New York, 11 octobre 2024.
[4] Marie Thérèse Poitevin. Le féminisme. Pouvoir noir en Haiti, Frantz Voltaire (dir.), Montréal, CIDIHCA, 1946, p. 313
[5] Madeleine Sylvain-Bouchereau, Haïti et ses femmes. Une étude d’évolution culturelle, Port-au-Prince, Fardin, 1957, p. 87.
[6] Cf. Sabine Lamour, « Le 3 avril 1986 : expression d’une mésentente politique en Haïti : retour sur un élément de la mémoire indocile du mouvement féministe haïtien », Recherches féministes, vol. 35, no1, p. 60.
[7] Ibid., p. 60.
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