Féminisme(s) et  Littérature(s)

Auteur : Collectif  (sous la direction de Sabine Lamour – Université d’Ottawa/UEH, Dieulermesson Petit Frère – Université Paris-Est Créteil, UPEC)

Titre : Féminisme(s) et  Littérature(s). Revue Legs et Littérature no 23

Collection : Revue Legs et Littérature

Illustration de couverture : Sergine André

ISBN : 978-99970-71-48-4

Date de parution : 22 avril 2026

Prix : USD 39.55 | Commander ICI

avec le soutien de la Fondation connaissance et liberté (Fokal) et Association Quatre Chemins (A4C)

L’articulation entre féminisme et littérature constitue aujourd’hui un champ central de réflexion dans les études critiques, notamment dans les contextes postcoloniaux. Plus qu’un simple espace esthétique, la littérature apparaît comme un lieu de production, de circulation et de contestation des discours relatifs à la condition des femmes. Dans les sociétés marquées par l’esclavage, la colonisation et leurs prolongements contemporains, la littérature contribue activement à la production de savoirs sur les réalités féminines. Dans cette optique, ce numéro de Legs et Littérature s’organise autour de la question suivante : dans quelle mesure la littérature ne se limite-t-elle pas à représenter la condition des femmes, mais participe-t-elle également à la construction historique et politique du féminisme comme champ de savoir et d’action ?

[…]

Lire la littérature à partir d’un engagement féministe apparaît ainsi comme un levier essentiel pour reconnaître la place des femmes dans l’histoire des idées et dans le champ littéraire. Lire et écrire les littératures autrement avec un regard décentré du paradigme masculin devient une urgence pour repenser le rapport à la création et s’affranchir de toutes tendances impériales dans l’institution littéraire. En Haïti, nonobstant le traitement magistral de la question des violences sexuelles par Justin Lhérisson[1] au début du 20e siècle, et plus tard de la prostitution féminine par Jacques Stephen Alexis[2], « l’histoire de la littérature haïtienne nous renseigne que la construction du personnage féminin par les hommes répond à des stéréotypes et à des constructions sociales, des idées reçues. […] La construction de la figure et du personnage féminins par les hommes répond aux idées héritées du système colonial »[3]. C’est à juste titre qu’Évelyne Trouillot « pense qu’il est essentiel de rappeler que c’est un combat qui a favorisé l’entrée des femmes dans la littérature »[4]. C’est dans la continuité de ce combat que s’inscrit le vingt-troisième numéro de Legs et Littérature qui entend montrer l’intersection entre littérature et féminisme et interroger les dispositifs d’introduction et les stratégies d’opérationnalisation du discours féministe dans la littérature afin de décrypter la parole des femmes dans la fiction contemporaine.

[…]

Se présentant comme une exploration des dynamiques qui mettent l’emphase sur la manière dont la littérature procède à une scénographie des savoirs, des luttes et de la pensée féministes, ce numéro de Legs et Littérature offre une vision étendue pour comprendre les diverses facettes du ou des féminismes dans son rapport avec l’ordre politique dominant. Les différentes contributions proposent à partir de perspective unique fournie par le texte littéraire des clés pour comprendre la complexité des liens entre le politique, le vécu et le discours féministes. Le corps féminin étant le lieu par excellence de répercussion du politique, il importe de s’interroger sur les formes de résistance et les stratégies d’opposition susceptibles d’éclater les cadres idéologiques répressifs incarnés par le politique. C’est dans ce cadre que s’inscrit ce volume sur le compagnonnage du texte littéraire et de la pensée féministe, mettant ainsi à notre disposition des outils essentiels pour déchiffrer la nature de la condition humaine.

À propos des directeurs du numéro : 

Dre Sabine Lamour est sociologue. Ancienne coordonnatrice de Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA), ses travaux s’inscrivent dans le champ de la sociologie des féminismes et portent sur les féminismes haïtiens, caribéens et afro-diasporiques. Mobilisant des approches féministes matérialistes, décoloniales et intersectionnelles, elle développe des recherches fondées sur l’analyse d’archives et des enquêtes qualitatives. Ses travaux explorent les formes d’agentivité politique des femmes, les mémoires collectives ainsi que sur les dynamiques de production et de circulation des savoirs. Ses activités de recherche s’articulent avec un engagement soutenu dans l’enseignement et la formation à la recherche, menés dans des contextes universitaires haïtien, nord-américain et européen, dans une perspective comparative et transnationale. Son dernier livre, Imaginer le féminisme haïtien : enjeux théoriques et épistémologiques, est paru aux Éditions Charesco en 2025.

Ancien élève de l’ENS de Port-au-Prince et ancien boursier de l’EUR-FRAPP, Dieulermesson Petit Frère est docteur en langue et littérature françaises de l’Université Paris Est-Créteil. Auteur de Haïti : littérature et décadence. Études sur la poésie de 1804 à 2010 (LEGS ÉDITION, 2017), il a publié un nombre important d’articles sur la littérature haïtienne dont « Le corps noir et l’épreuve de la violence systémique dans Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert » (Interculturel Francophonies, 2024), « Jean-Claude Charles entre l’ici et l’ailleurs. Habiter et vivre le monde dans Manhattan Blues et Ferdinand, je suis à Paris » (Francofonia, 2021), « Éros, exil et dépeuplement dans Un ailleurs à soi d’Emmelie Prophète » (Legs et Littérature, 2019) et « Identités (non)figées, révolte, similitudes : le soi et l’autre dans Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot » (Legs et Littérature, 2018). Co-éditeur de Corps et Politique. Legs et Littérature no21, ses axes de recherche englobent la littérature francophone (Haïti, Afrique, Amérique), la poétique de la fiction, les gender studies, l’intersectionnalité, l’é-migration et les diasporas haïtiennes.

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Notes :

1] Cf. Justin Lhérisson, Zoune chez sa ninnaine, Port-au-Prince, Fardin 1993.


[2] Jacques Stephen Alexis, L’Espace d’un cillement, Paris, Gallimard, 1959.


[3] Wébert Charles, « Être femme au temps des dictatures », Legs et Littérature no 3, 2013, p. 4.


[4] Dieulermesson Petit Frère, « La persistance de l’écriture. Entretien avec Évelyne Trouillot », Legs et Littérature no3, 2014, p. 108.