Port-au-Prince mes crépuscules amers

Titre : Port-au-Prince mes crépuscules amers 

Auteur : Maguet Delva

Collection : Poésie

Parution : 5 novembre 2026

Poétique du fragment ou mémoire fragmentée, Port-au-Prince mes crépuscules amers de Maguet Delva est une riposte à la perte ou le déclin d’une capitale qui succombe non sous le poids des ans mais de la terreur qui prend d’assaut ses quartiers. Lu à la fois comme un requiem et un chant d’espoir, c’est la relique d’un poète qui refuse le désenchantement devant la décadence de la ville. Témoin de la déchéance des banlieues où il a posé ses pas, il éprouve du spleen. Il troque son chagrin contre des souvenirs, promène son espérance comme on sème des graines dans le vent.

Exaspéré devant la perte des repères, il n’entend tout de même pas sombrer. La ville représente pour lui une espèce de laboratoire qui lui fournit le strict nécessaire pour entrer dans le monde. Des errances aux flâneries, des voyages journaliers aux soirées nocturnes, le poète ne peut s’empêcher de revenir sur les lieux de l’enfance et/ou de sa jeunesse. Errer dans la ville est une invitation à découvrir sa beauté, à écouter ses rumeurs et rencontrer l’inconnu. Chaque poème du recueil réinvente la ville en lui attribuant une âme et un cœur pour qu’elle continue de vibrer au rythme des saisons.

Ode à une ville en détresse, Port-au-Prince mes crépuscules amers recrée le passé et le présent d’une métropole qui assemble des siècles d’histoire.

Point de vue de l’éditeur.-

[Extrait 1]

Ma ville poème

Un soleil rare, comme sculpté dans une cire
d’ambre,
vient de sombrer dans la baie, lentement,
tandis que le Bicentenaire étire son silence
d’émeraude,
le Champs de Mars, tel un vieux tapis royal,
s’embrase d’une lumière qui chante.

Dans les cieux, les oiseaux migrateurs,
Ivres de crépuscule, dansent la samba aérienne,
tissant des arabesques d’or et de braise,
pour saluer une ville autrefois reine,
qui de nos jours ne dort que d’un œil voilé.

dans le temps Port-au-Prince se tenait droite,
fière,
étalant ses joyaux de parure de noces.
Autrefois, Port-au-Prince se dressait dans l’azur
comme une impératrice coiffée flamboyants et
d’écume
Ses collines déroulaient leurs épaules végétales

Avec la lente majesté des étoffes orientales
Et la ville respirait par grandes brassées de
lumière,
Comme un corps vivant abreuvé de soleil et d’alizés.
Chaque heure métamorphosait son visage mouvant
Le matin lui prêtait des fraîcheurs de rivière…
[…]

[Extrait 2]

Songe familier

Hier encore,
dans des fulgurances nocturnes,
l’absence prolongée m’a arraché au sommeil
comme on extrait un témoin
gênant d’un rêve en ruines.

La nuit ne venait plus pour apaiser,
elle surgissait armée,
pleine d’éclairs sans ciel,
déversant ses images comme des décombres
mentaux
Mes songes n’étaient plus que les ruines
d’un théâtre,
des scènes ravagées,
des décors éventrés
où la ville
jouait sa propre disparition
sans public,
sans rideau.
[…]

[Extrait 3]

Lettre de juillet

Pour Willems Édouard

ton nom flotte encore dans l’air lourd des après-midis,
là où la ville halète,
là où les paroles tombent à genoux
avant même d’atteindre leur destinataire.

Tes mains s’exprimaient avant ta bouche,
elles traçaient des chemins invisibles,
dessinaient la patience,
cherchaient l’accord dans le désaccord,
comme si le monde pouvait encore se réconcilier
avec lui-même
recoudre ses blessures anciennes et retrouver
l’harmonie perdue de ses premiers matins.

Et quand l’argument se dérobait,
Il surgissait ce sourire éblouissant,
Apaisant les tensions
Comme une lumière tombée du tumulte
ce sourire qui disait : attendons encore,
qui refusait la brutalité,
et croyait que l’intelligence
pouvait différer la violence.
[…]